Je ne savais pas vraiment a quoi m’attendre quand j’ai debarque a Santa Marta avec un sac a dos et zero plan. La Colombie hors des sentiers battus, pour moi, ca se resumait a un nom griffonne dans mon carnet : Sierra Nevada. Un copain rencontre au Guatemala m’en avait parle, les yeux qui brillaient. « Vas-y, mais pas avec les gros groupes. Trouve les guides Kogi. » C’est exactement ce que j’ai fait.
Sept jours plus tard, j’avais marche dans la jungle la plus dense que j’aie jamais vue, dormi dans un hamac au milieu de nulle part, partage du cafe torrefie a la main avec une famille Wiwa, et grimpe les 1 200 marches de la Ciudad Perdida pratiquement seul a 6h du matin. Ce voyage m’a retourne. Voici comment ca s’est passe.
Santa Marta : le point de depart que tout le monde zappe
La plupart des voyageurs passent une nuit a Santa Marta et filent vers Tayrona ou la Ciudad Perdida. Moi, j’y suis reste deux jours. Et j’ai bien fait. La ville a un rythme particulier. Le matin, le front de mer est calme, les pecheurs reparent leurs filets dans le quartier de Taganga. L’apres-midi, la chaleur ecrase tout et les rues se vident. Le soir, ca reprend vie autour du Parque de los Novios, ou les terrasses debordent.
J’ai mange du poisson grille frais dans une petite baraque pres du marche central pour 15 000 pesos (environ 3,50 euros). Le ceviche aussi etait dingue. C’est la que j’ai croise Miguel, un ancien guide de trek en Sierra Nevada devenu coordinateur pour une cooperative de guides Wiwa. C’est lui qui m’a mis en contact avec le groupe.

Le trek vers la Ciudad Perdida : pas celui des brochures
Le trek classique de la Ciudad Perdida dure 4 a 5 jours. Le mien en a dure 6 parce qu’on a pris un itineraire different, par la vallee du Rio Buritaca en passant par des villages Kogi que les circuits commerciaux evitent. Prix : environ 1 860 000 pesos colombiens pour 4 jours (autour de 430 euros), mais mon trek prolonge m’a coute un peu plus, quelque chose comme 550 euros tout compris.
Le premier jour, un 4×4 nous a deposes a El Mamey, un hameau perdu ou la route s’arrete net. A partir de la, c’est a pied. Les premieres heures sont trompeuses : le chemin est large, presque facile. Puis la jungle se referme. L’humidite passe a un niveau absurde. Mon t-shirt n’a pas seche une seule fois en six jours.

Le deuxieme jour, on a traverse le Rio Buritaca sept fois. Pas de pont, on marche dans l’eau jusqu’aux cuisses en tenant son sac au-dessus de la tete. Notre guide, Julio, un Wiwa de 24 ans, marchait pieds nus sur les rochers comme si c’etait du parquet. Il connaissait chaque arbre, chaque bruit. A un moment, il s’est arrete, a leve la main. « Toucan. » On a leve les yeux. La, sur une branche, a quinze metres. Sans lui, je serais passe devant sans rien voir.
Dormir chez les Kogi : une lecon d’humilite
Le troisieme soir, on est arrives dans un village Kogi. Pas le genre de village qu’on visite avec un appareil photo en bandouliere. Un vrai lieu de vie. Peut-etre trente maisons rondes avec des toits de palme, pas d’electricite, pas de reseau. Les enfants jouaient avec un ballon fait de feuilles enroulees.
Le mamo (chef spirituel) nous a autorises a passer la nuit. On a dormi dans un espace ouvert, dans des hamacs tendus entre les poteaux. Personne n’a parle beaucoup. Julio traduisait quelques phrases quand c’etait necessaire. On nous a offert du cacao chaud, prepare avec des feves torrefees sur place. Le gout n’avait rien a voir avec ce qu’on connait. Amer, terreux, avec une pointe fumee. J’en ai reve pendant des semaines apres.

Les Kogi considerent la Sierra Nevada de Santa Marta comme le coeur du monde. Pour eux, la montagne est vivante. Chaque source, chaque rocher a une signification. Ils ne veulent pas de tourisme de masse sur leurs terres, et ca se comprend. Les cooperatives locales qui organisent ces treks reversent une partie des revenus aux communautes, ce qui permet de maintenir un equilibre fragile entre ouverture et preservation.
La Ciudad Perdida a l’aube : le moment qui vaut tout
Le cinquieme jour, on a attaque les fameuses 1 200 marches de pierre qui menent au site archeologique. J’etais creve. Mes genoux protestaient a chaque marche. Et puis, d’un coup, les arbres se sont ouverts.
La Ciudad Perdida (ou Teyuna, son vrai nom) est la, posee sur les flancs de la montagne. Des terrasses de pierre superposees, envahies par la vegetation, avec la brume qui glisse entre les niveaux. Le site date du VIIe siecle, six cents ans avant le Machu Picchu. Pourtant, il est dix fois moins visite. Ce matin-la, on etait cinq sur le site. Cinq personnes devant un lieu vieux de 1 300 ans.
Je me suis assis sur une terrasse superieure pendant une heure. Pas de selfie, pas de story. Juste le bruit des oiseaux et la brume qui montait de la vallee. C’est un de ces moments ou tu te sens petit, et bizarrement, ca fait du bien.
Minca : le village ou le temps ralentit
Apres le trek, j’ai pris deux jours de repos a Minca, un village perche dans les contreforts de la Sierra Nevada a une trentaine de minutes de Santa Marta. L’endroit est devenu plus connu ces dernieres annees, mais il garde un charme reel. Des fincas de cafe et de cacao parsement les collines autour du village.

J’ai visite une petite plantation de cafe ou la proprietaire, une femme d’une soixantaine d’annees, m’a montre tout le processus. De la cerise rouge cueillie a la main jusqu’a la tasse fumante. Le cafe de la Sierra Nevada a un gout different de celui du Triangle du Cafe, plus rond, moins acide. Elle vendait son kilo a 35 000 pesos (8 euros). A Paris, le meme cafe finit a 45 euros le kilo dans une boutique specialisee. Ca donne a reflechir.
L’autre arret marquant a Minca : les cascades de Pozo Azul, a vingt minutes de marche du village. L’eau est froide, claire, et apres six jours de jungle humide, plonger la-dedans c’etait comme renaitre.
La cote caraibe en bonus : Palomino et ses airs de bout du monde
Pour finir, j’ai passe deux nuits a Palomino, un village de la cote caraibe entre Santa Marta et le parc Tayrona. Pas de grands hotels, pas de resorts. Des cabanes en bois, des hamacs face a la mer, et une riviere ou les locaux descendent en bouee au milieu de la jungle. Le fameux « tubing » de Palomino, c’est 25 000 pesos (6 euros) et deux heures de glisse tranquille entre les arbres.

Le soir, j’ai mange dans un petit resto tenu par un couple colombo-francais. Ceviche de crevettes, patacones, jus de lulo frais. Addition : 40 000 pesos, soit moins de 10 euros. La Colombie reste un pays tres abordable pour les voyageurs, surtout quand on sort des circuits classiques de Bogota et Cartagena.
Budget total : 7 jours en Sierra Nevada
Pour ceux que les chiffres interessent, voici mon budget detaille :
- Vol aller-retour Paris-Santa Marta (avec escale a Bogota) : 620 euros
- Trek Ciudad Perdida 6 jours (guide, repas, hebergement) : 550 euros
- Hebergement hors trek (4 nuits, auberges et cabanes) : 80 euros
- Repas hors trek : 50 euros
- Transport local (bus, moto-taxi) : 25 euros
- Activites (cascades, tubing, visite cafe) : 20 euros
Total : environ 1 345 euros pour 10 jours. Et franchement, c’est un de ces voyages ou chaque euro depense en valait dix.
Conseils pratiques pour un voyage en Sierra Nevada
Quelques trucs que j’aurais aime savoir avant de partir :
La meilleure periode pour le trek, c’est de decembre a mars (saison seche). J’y etais en mars et la meteo etait correcte, meme si la jungle reste humide en permanence. Le sentier de la Ciudad Perdida ferme en octobre chaque annee pour que les communautes indigenes puissent effectuer leurs rituels.
Pour le guide, evitez les grosses agences qui envoient des groupes de 15 personnes. Cherchez les cooperatives locales liees aux communautes Wiwa ou Kogi. Wiwa Tours est une option connue, mais il en existe d’autres moins visibles qu’on trouve en demandant sur place a Santa Marta ou Taganga.
Cote equipement : de bonnes chaussures de randonnee (impermeables, ca aide), une lampe frontale, du repulsif anti-moustiques serieux, et un sac etanche pour proteger vos affaires pendant les traversees de riviere. Oubliez le reseau mobile : il n’y a aucun signal dans la Sierra a partir du premier jour de marche.
Dernier point : respectez les regles des communautes. Pas de photos sans autorisation, pas de drones (ils sont interdits), et pas de dechets. Ces gens protegent leur terre depuis des siecles. La moindre des choses, c’est de la respecter aussi.

