Voyage solo aux Canaries en mars : Lanzarote, l’île qui ne ressemble à rien d’autre

J’avais décidé de partir seul. Pas par désespoir ou rupture romantique — juste le besoin impérieux de n’avoir à décider que pour moi. Où manger, quand dormir, où m’arrêter, combien de temps rester. Ce voyage à Lanzarote en solo, c’était mon cadeau à moi-même : une semaine sans compromis ni attentes des autres.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que Lanzarote allait être l’île la plus étrange que j’aie jamais visitée. Pas étrange comme « bizarre et repoussante ». Étrange comme « d’une autre planète et absolument inoubliable ».

Lanzarote : l’île martienne de l’Atlantique

Lanzarote n’a pas de forêts. Pas de rivières. Pas de vert luxuriant. C’est une île née de l’éruption volcanique — le Timanfaya, actif de 1730 à 1736, a recouvert un tiers de l’île sous plusieurs mètres de lave. Le résultat : un paysage lunaire de noirs, de rouges, de gris, coupé de vignes plantées dans des cuvettes de cendres noires et bordé d’un Atlantique d’un bleu électrique.

Les Canaries en mars offrent un avantage majeur : 22-24°C, pas de foule touristique estivale, des prix raisonnables. Lanzarote est la plus sèche des Canaries, donc pas de saison des pluies à redouter. Tu arrives, tu loues une voiture, et tu es libre.

Plage de sable noir Lanzarote
Les plages de sable noir de Lanzarote : un spectacle minéral fascinant

Le Parc National de Timanfaya : la lave vivante

Je visite Timanfaya le deuxième matin. L’entrée se fait obligatoirement en bus guidé — les véhicules personnels ne sont pas autorisés dans le cœur du parc. Le bus longe les « Montañas del Fuego » — les Montagnes du Feu — sur une route qui serpente entre des coulées de lave figées il y a 300 ans mais dont le sol est encore à 600°C quelques mètres en dessous.

La démonstration est spectaculaire : un guide verse un seau d’eau dans un trou au sol. Quelques secondes plus tard, un geyser de vapeur bouillante jaillit à plusieurs mètres. De la paille jetée dans un autre trou s’enflamme spontanément en quelques secondes. Sous nos pieds, la lave est toujours vivante.

Ce qui me frappe surtout, c’est le paysage. Des kilomètres de lave noire, rouge, brune, sans une plante, sans un arbre. Un silence presque parfait. La sensation d’être dans un monde antérieur à la vie. Ou postérieur à elle.

El Golfo : la lagune verte qui n’existe nulle part ailleurs

El Golfo est ma plus grande surprise de ce voyage solo aux Canaries. Un demi-cratère volcanique s’est effondré dans la mer. Il reste une lagune fermée d’un vert émeraude intense — causé par une algue microscopique — entourée de falaises noires striées de rouge. L’Atlantique bleu rugit de l’autre côté de la digue naturelle. La lagune est immobile et silencieuse.

Je reste assis une heure sur les rochers noirs à regarder le trio de couleurs. Vert, noir, bleu. C’est presque trop beau pour être réel. Plusieurs fois, je regarde autour de moi pour vérifier que d’autres personnes voient la même chose. Oui. Tout le monde est bouche ouverte.

La Geria : les vignes dans la lave

La Geria : les vignes dans la lave

Dans la région de La Geria, les habitants ont planté des vignes dans des cuvettes creusées dans la cendre volcanique. Chaque vigne est entourée d’un demi-cercle de pierres de lave noire qui la protège du vent atlantique. L’effet vu du ciel — et sur les hauteurs, on domine le paysage — est surréaliste : des milliers de petits volcans miniatures, organisés comme une armée silencieuse sur un champ de lave.

Le vin de Lanzarote (malvoisie principalement) est excellent. J’en rapporte quatre bouteilles. Le restaurant El Chupadero, au milieu des vignes, sert des grillades locales et le vin du domaine pour 15-20€. J’y déjeune seul, une carafe de malvoisie devant moi, et je me dis que le voyage en solitaire a ses avantages indéniables.

Cote volcanique des Canaries
La côte nord de Lanzarote : falaises et Atlantique en fusion

Jameos del Agua et César Manrique : l’art dans la lave

Jameos del Agua et César Manrique : l’art dans la lave

Lanzarote doit sa personnalité esthétique unique à un homme : César Manrique, artiste et architecte né sur l’île en 1919. Toute sa vie, il a travaillé pour que le développement touristique de l’île ne défigure pas son paysage volcanique exceptionnel. Résultat : pas de buildings, pas de panneaux publicitaires, une architecture qui dialogue avec la roche.

Jameos del Agua est son chef-d’œuvre. Un tube de lave creusé par la mer, transformé en espace artistique et naturel : une grotte, un lac souterrain où vivent des crabes albinos aveugles (endémiques uniques au monde), un restaurant troglodyte, un auditorium naturel. Un lieu à la croisée de la nature et de l’art, où je reste deux heures sans voir le temps passer.

Voyage solo à Lanzarote : ce que ça change

Voyage solo à Lanzarote : ce que ça change

Partir seul sur une île aussi singulière que Lanzarote, c’est amplifier tout. L’émerveillement est entier, non dilué par le commentaire d’un compagnon. Le silence est total, non rompu par la conversation. Et les rencontres — avec les habitants, les autres voyageurs — sont plus naturelles, plus directes.

J’ai parlé à des gens que je n’aurais jamais abordés en groupe : le vigneron de La Geria qui m’a expliqué en espagnol pourquoi son vin est différent de n’importe quel autre au monde, la pêcheuse d’El Golfo qui vend des palourdes sur un étal improvisé et qui rit de tout, le photographe australien croisé à Timanfaya et avec qui j’ai dîné le soir même.

Infos pratiques pour votre voyage solo aux Canaries

Comment y aller

Vols directs depuis Paris (Orly) avec Transavia, depuis Lyon, Marseille ou Bordeaux avec Vueling ou Ryanair. 2h30-3h de vol. Prix : 80-150€ A/R en cherchant bien. Les Canaries en mars sont moins chères qu’en haute saison.

Location de voiture

Indispensable pour explorer l’île à fond. Les transports en commun existent mais sont limités. Compter 25-40€/jour. Les routes sont excellentes, peu de trafic en dehors d’Arrecife (la capitale).

Hébergement

Evite Puerto del Carmen (ultra-touristique) et Playa Blanca pour un séjour authentique. Préfère Arrecife pour le charme local, ou Yaiza au sud pour la proximité de Timanfaya. Compter 50-80€/nuit pour un petit hôtel ou casa rural.

Lanzarote, six mois après

Je repense à ce voyage solo aux Canaries souvent. Plus souvent que d’autres voyages plus lointains ou plus « exotiques ». Peut-être parce que Lanzarote est la preuve que le dépaysement total ne nécessite pas un long-courrier. Que l’extraordinaire peut être à 3 heures de Paris.

Ou peut-être simplement parce que cette lagune verte d’El Golfo, encadrée de lave noire et d’Atlantique bleu, est la chose la plus belle que j’aie jamais vue. Et que certaines beautés ne te lâchent plus.

Si tu hésites encore : n’hésite plus. Loue une voiture. Pars tôt le matin. Et laisse cette île martienne te surprendre.